La fiche du flacon
LATOUR 1865
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Dégustation(s) enregistrée(s)
Carte d'identité
Avis de Dominique
01 Latour_10_02_06.md · 10 février 2006
Couleur rouge sombre.
Nez complexe: fruits noirs (myrtille), notes iodées et florales (gentiane), foin séché...
C’est une nature en soi.
Le vin est d’une extrême concentration.
La récolte semble aussi parfaite que celle du 1870, mais plus marquée par le terroir.
Le vin possède en effet cette minéralité exceptionnelle, comme iodée, des plus grands Riesling allemands.
La finale révèle des tannins d’une densité et d’une race exceptionnelles.
Ce vin réussit le miracle d’allier la finesse la plus exquise à une grande concentration.
La persistance gustative et aromatique est interminable.
Sa force ne diminuera pas avant longtemps.
CONCLUSIONS
Château Latour est certainement depuis deux siècles le vin le plus régulier et le plus apte au vieillissement de tout le Bordelais.
Sa constance qualitative dans les grands millésimes que nous avons eu le bonheur de goûter est vraiment exceptionnelle.
Ce cru est toujours fortement constitué, tout en étant racé et élégant.
Le dernier millésime qui a enfanté un vin donnant l’impression d’être “éternel” est le 1961.
Tous les grands millésimes d’un certain âge ont été récoltés avec des rendements faibles à très faibles.
1970 est un cas qui laisse perplexe cependant. Il s’agit, à n’en pas douter, d’un très grand millésime mais il fut récolté avec un rendement vraiment très élevé. Il paraît pourtant insensible aux attaque de l’âge en ce moment. Va-t-il démentir le fait qu’un vin issu d’une récolte abondante n’a pas un grand potentiel de vieillissement?
1961 et 1945 sont, de par leur structure, ceux dont le terroir s’exprime au plus haut niveau. Leur nature est monumentale mais ils restent équilibrés. Quand on les boit, on a littéralement l’impression de goûter la substantifique moelle de la terre qui les a nourris.
1959 et plus encore 1928 (vu son âge) dégagent une sensation de jeunesse extrême puisque les arômes tertiaires n’ont pas encore pu s’extraire de la masse fruitée du vin. Ils sont “sensuels”. Je ne crois pas qu’il existe un autre vin rouge de plus de 75 ans qui possède une telle jeunesse de fruit.
Les vins pré phylloxériques, 1870 et 1865 (les deux bouteilles rebouchées en 1960), représentent une aristocratie inamovible. Ils marquent le palais des dégustateurs parce qu’ils sont parfaits à tous les niveaux et qu’ils dégagent une sensation d’éternité plus grande encore que les millésimes du 20ème siècle.
On pourrait placer les grands Latour “anciens” - ceux qui ne sont pas atteints par l’âge - dans deux catégories:
- ceux qui sont dominés par un fruit d’une jeunesse extraordinaire: 1959, 1928 et 1870
- ceux qui sont dominés par un terroir aux notes minérales fabuleuses: 1961, 1945 et 1865
Il est difficile de ne pas se répéter lorsque l’on commente des tels crus de divers grands millésimes. Ceci parce que chaque vin vraiment exceptionnel a composé sa propre symphonie avec les mêmes paramètres incontournables et bien précis: grand terroir, récolte de haut niveau qualitatif, forte structure, harmonie des composantes acides, sucrées et amères, potentiel de garde très élevé, finesse et élégance, jamais de lourdeur mais toujours une grande densité...
La question se pose de savoir qu’est-ce qui nous pousse à les trouver aussi grands. Est-ce que le dégustateur est influencé par l’âge de ces vins? C’est peu probable car beaucoup de dégustateurs habitués à ce genre de vin sont du même avis. D’autre part ces très vieux vins sont quand même comparés à d’autres beaucoup plus jeunes qui ne les dépassent ni par leur structure, ni par leur finesse. Est-ce que les vignes préphylloxériques produisaient des vins naturellement plus grands? La question est à étudier. Est-ce que les méthodes de culture, ainsi que la qualité de l’air et de l’environnement sont en cause? La question est aussi à étudier.
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